Maintien de la fluidité

Un traitement orthophonique pour le bégaiement se fait habituellement en 2 phases, la première visant l’atteinte de la fluidité et la deuxième visant le maintien de cette fluidité sur une longue période de temps.  En effet, le bégaiement est un trouble sujet aux rechutes.  Selon les études, 30 à 50% des jeunes vivent une rechute dans les 12 mois suivant l’atteinte de la fluidité (Handcok & Craig, 1998; Weber & Onslow, 2003).  Une rechute ne signifie pas que le bégaiement revient au niveau initial, mais qu’il y a augmentation des manifestations liées au bégaiement.  Dans le cas du Programme Lidcombe, 75% de ces rechutes ont lieu au cours des 8 semaines suivant le passage en phase de maintien (Weber & Onslow, 2003).  Ce taux est élevé et nous indique qu’il est très important de ne pas mettre fin au suivi trop rapidement une fois la fluidité atteinte.  Selon Ingham (1980; 1982) et Guitar (2006), la meilleure manière de gérer les rechutes est d’instaurer un maintien programmé, avec espacement des rencontres et réduction graduelle du traitement à la maison, tant que la fluidité se maintient.  Si lors d’une rencontre de contrôle il y a des indices de rechute, ou si ces indices se manifestent dans la vie de tous les jours, les clients sont guidés par l’orthophoniste afin que la fluidité soit récupérée.  Selon l’expérience clinique, lorsque la réaction est rapide et adéquate, la fluidité est récupérée dans les jours suivants.  Sinon, une réaction plus importante devra être envisagée.

En conclusion, l’atteinte de la fluidité ne se fait pas par magie.  Habituellement, il s’agit d’une récupération naturelle, probablement liée à la maturation, ou du résultat d’une intervention, le plus souvent orthophonique.  L’atteinte de la fluidité normale est fort probable chez les enfants.  Chez les adolescents et les adultes, il est plutôt question d’apprendre à contrôler sa fluidité.  Toutefois, que ce soit chez les enfants, les adolescents ou les adultes, lorsque la fluidité est le fruit d’une intervention orthophonique, il s’avère important de compléter une phase de maintien afin de faire face à une éventuelle rechute le plus efficacement possible.

Natacha Beausoleil, MOA, Orthophoniste

Références

  • Guitar, B. (2006). Stuttering: An Integrated Approach to It’s Nature and Treatment. 3rd edition.  Lippinott Williams & Wilkins, Philadelphia: Baltimore, 503 p.  
  • Hancock, K. & Craig, A.R. (1998).  “Predictors of stuttering relapse one year following treatment for children aged 9-14 years”.  Journal of Fluency Disorders, 23, 31-48.
  • Ingham, R. J. (1980). “Modification of maintenance and generalization during stuttering treatment”. Journal of Speech and Hearing Research, 23, 732-745.
  • Ingham, R. J. (1982). “The effects of self-evaluation training on maintenance and generalization during stuttering treatment”. Journal of Speech and Hearing Disorders, 47, 271-280.
  • Webber, M., & Onslow, M. (2003). Maintenance of treatment effects. Dans M. Onslow, A. Packman, & E. Harrison (Eds.), The Lidcombe Program of early stuttering intervention: A clinician’s guide (p. 81-90). Austin, TX: Pro-Ed.